La Caisse centrale de réassurance (CCR) a publié une estimation qui aurait dû provoquer un choc bien plus large que celui qu’elle a suscité. Sous l’effet du changement climatique et de l’évolution des enjeux assurés, la sinistralité au titre des périls couverts par le régime des catastrophes naturelles devrait augmenter d’environ 40 % à horizon 2050 sous le seul effet climatique, et de 60 % en intégrant la croissance du nombre de biens exposés.
Derrière ce chiffre global, un aléa concentre la majorité de l’attention des spécialistes et des pouvoirs publics. Le retrait-gonflement des argiles (RGA) est aujourd’hui le premier risque naturel en France en termes de coût d’indemnisation, devant les inondations pour les cinq dernières années. Il représente 70 % des indemnisations de la branche bâtiments du régime CatNat sur cette période, soit environ 1,1 milliard d’euros par an. Et les projections sur son évolution future sont parmi les plus alarmantes de tout le spectre des risques naturels.
Ce qui rend la situation particulièrement sérieuse, c’est que le RGA n’est pas un risque exotique concentré sur quelques zones géographiques marginales. Il touche aujourd’hui 55 % du territoire national selon les données actualisées de 2025, contre 24 % dans les années 2010. Le nombre de maisons individuelles très exposées est passé de 4,3 millions en 2017 à 12,1 millions en 2025, soit près de 60 % du parc individuel. Ce chiffre pourrait atteindre 16,2 millions à l’horizon 2050.
Pour les propriétaires, les gestionnaires de patrimoine, les établissements bancaires et les collectivités, cela signifie que le RGA n’est plus un risque périphérique à traiter à la marge. C’est un risque structurel qui affecte la valeur des actifs immobiliers, la viabilité des portefeuilles hypothécaires et la planification territoriale.
Le coût moyen d'un sinistre RGA sur une maison individuelle s'établit à 16 500 euros, le coût unitaire le plus élevé de toutes les garanties dommages du régime CatNat. Entre 2020 et 2050, le coût cumulé de la sinistralité sécheresse est estimé à 43 milliards d'euros, soit un triplement par rapport aux trente années précédentes.
Comprendre le retrait-gonflement des argiles pour mieux l'anticiper
Le mécanisme physique
Le retrait-gonflement des argiles est un phénomène géotechnique lié aux propriétés particulières des sols argileux. Les minéraux argileux ont la capacité d’absorber de grandes quantités d’eau, ce qui provoque un gonflement de volume significatif du sol. À l’inverse, lors de périodes de sécheresse prolongée, ces mêmes sols perdent leur eau et se rétractent, créant des tassements différentiels sous les fondations des bâtiments.
Ce mouvement cyclique de gonflement et de rétractation du sol génère des contraintes mécaniques sur les fondations des bâtiments qui y reposent. Lorsque ces contraintes sont inégalement réparties, elles provoquent des mouvements différentiels qui se traduisent par des fissures dans les murs, des déformations des menuiseries et des cloisons, des problèmes d’étanchéité et, dans les cas les plus graves, des ruptures structurelles.
Le phénomène est particulièrement dommageable pour les maisons individuelles, dont les fondations sont généralement moins profondes et moins robustes que celles des bâtiments collectifs. Une maison construite sur semelles filantes peu profondes, dans les années 1970 avant la prise de conscience du risque RGA, est structurellement vulnérable à ce phénomène.
Ce que le changement climatique amplifie
Avant 2015, les variations de teneur en eau affectaient les sols jusqu’à 1 à 2 mètres de profondeur. Depuis 2016, avec des sécheresses intenses et récurrentes, la dessiccation atteint désormais 3, voire 5 mètres de profondeur. Cette aggravation a deux conséquences directes. Elle touche des fondations plus profondes, qui étaient jusqu’ici à l’abri du phénomène. Et elle rend les réparations plus complexes et plus coûteuses, car les solutions de remédiation superficielles deviennent insuffisantes.
Le changement climatique modifie également la géographie du risque. La sinistralité RGA était historiquement concentrée sur le « croissant argileux » qui s’étend du Bassin parisien au Sud-Ouest de la France. Elle s’étend désormais aux régions Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et Nord, touchant des zones qui n’avaient pas anticipé ce risque dans leurs politiques d’urbanisme et de construction.
Pour plus de 99 % des communes françaises, le nombre de jours secs pourrait au minimum être multiplié par deux d’ici 2050. Dans les territoires les plus exposés, cette multiplication pourrait atteindre un facteur de 10 à 17. Cette intensification des sécheresses est le moteur principal de l’aggravation de la sinistralité RGA.
La sécheresse 2022 comme signal d’alerte
L’épisode de sécheresse de l’été 2022 constitue un point de référence qui illustre concrètement l’ampleur du risque. Son coût socio-économique total a été estimé à 5,1 milliards d’euros, dont 3,5 milliards directement liés aux dommages sur les structures des bâtiments. C’est l’épisode de sécheresse le plus coûteux de l’histoire française, dépassant 2,5 milliards d’euros au titre du seul régime CatNat.
Entre 2018 et 2022, environ 240 000 sinistres RGA ont été enregistrés, représentant 58 % de la totalité des sinistres RGA depuis le début du régime en 1989. Cette donnée est stupéfiante : en cinq ans, les dommages RGA ont représenté plus de la moitié de ceux accumulés sur les trente années précédentes.
La normalisation d’épisodes similaires à 2022 sous l’effet du changement climatique changerait d’échelle les coûts futurs de manière radicale. C’est ce que les projections de la CCR cherchent à quantifier, avec des estimations d’augmentation de la sinistralité RGA seule allant de 44 % à 162 % d’ici 2050 selon les scénarios climatiques retenus.
Les projections chiffrées à horizon 2050
Ce que disent les études de référence
Plusieurs études institutionnelles convergent sur l’ordre de grandeur de l’aggravation attendue, même si leurs estimations précises varient selon les scénarios climatiques et les hypothèses méthodologiques.
La CCR, dans son rapport publié en octobre 2023, estime que la sinistralité globale du régime CatNat devrait augmenter de 40 % sous le seul effet climatique, et de 60 % en intégrant l’évolution des enjeux assurés (croissance du nombre de biens exposés et augmentation de leur valeur). Pour le seul péril sécheresse-RGA, les estimations de la CCR tablent sur une multiplication du coût des dommages par 1,5 à 2,5 selon les scénarios climatiques retenus.
France Assureurs, dans son étude d’octobre 2021, chiffre le coût cumulé de la sinistralité sécheresse à 43 milliards d’euros entre 2020 et 2050, ce qui représente un triplement par rapport aux 13,8 milliards d’euros cumulés entre 1989 et 2019. Ce triplement s’explique à la fois par l’intensification des épisodes de sécheresse et par l’extension géographique du risque.
Le Sénat, dans son rapport de 2023 sur le financement du régime CatNat, souligne qu’avec une hausse des températures de 2°C depuis les années 1990, la sinistralité sécheresse augmenterait de 59 % à horizon 2050. Dans un scénario plus défavorable avec une hausse de 2,5°C, l’augmentation serait de 190 %. Ces fourchettes larges reflètent l’incertitude sur la trajectoire climatique future, mais l’ordre de grandeur de l’aggravation est robuste quel que soit le scénario.
L’extension géographique du risque
La carte d’exposition au RGA publiée par le BRGM a fait l’objet d’une mise à jour significative en janvier 2026, en application du Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC-3). Cette mise à jour intègre la forte sinistralité des dernières années et tient compte de l’aggravation prévisible des conditions climatiques.
La part du territoire exposée moyennement ou fortement au RGA est passée de 24 % dans les années 2010 à 55 % en 2025. Cette extension géographique signifie que des communes, des quartiers et des bâtiments qui n’apparaissaient pas dans les cartographies de risque il y a dix ans se retrouvent aujourd’hui en zone d’exposition significative.
Pour les acteurs qui ont constitué leurs évaluations de risque sur la base des anciennes cartographies, cette évolution implique une révision de leurs modèles. Les expositions identifiées comme nulles ou faibles il y a dix ans peuvent aujourd’hui présenter un aléa modéré ou fort selon les nouvelles cartes. Une politique d’investissement ou de crédit immobilier qui n’intègre pas cette évolution cartographique sous-estime structurellement son exposition au RGA.
L’impact sur les collectivités
Un rapport de mission publique d’avril 2024 souligne que 40 % des bâtiments des collectivités sont exposés à un risque RGA modéré, pour un coût agrégé estimé à 200 milliards d’euros. 15 % des bâtiments publics sont exposés à un risque fort, pour un coût estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires.
Ces chiffres concernent l’ensemble du patrimoine bâti des collectivités : écoles, gymnases, mairies, bibliothèques, équipements sportifs, logements sociaux, bâtiments administratifs. Pour une commune dont une partie significative de son patrimoine est exposée au RGA, l’absence d’un diagnostic précis de cette exposition représente un risque budgétaire non quantifié et non provisionné.
Pourquoi le régime CatNat actuel ne peut pas absorber cette trajectoire ?
Un déficit structurel qui s’aggrave
Le régime CatNat est déficitaire depuis 2017. La provision d’égalisation de la Caisse centrale de réassurance, qui est le mécanisme de lissage interannuel du régime, s’est significativement dégradée sous l’effet de la multiplication des événements extrêmes.
En réponse, le taux de la surprime CatNat a été relevé de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025, par arrêté du 28 décembre 2023. C’est la première hausse de ce taux depuis sa création. Mais même ce relèvement s’avère insuffisant pour faire face aux projections de sinistralité future. Le Sénat estime que le taux de surprime devra atteindre 26 % à l’horizon 2050, en se basant sur des hypothèses qualifiées de « conservatrices ».
Dans le scénario « optimiste » de la CCR, le régime CatNat ne dégagera plus assez de réserves pour couvrir les sinistres à l’horizon 2040. Cette projection place les décideurs devant une contrainte de financement structurelle qui ne peut pas être résolue par les seuls ajustements tarifaires.
La prévention comme seule réponse durable
Face à cette trajectoire financière, la conclusion des différents rapports institutionnels converge. La prévention sur le bâti existant est la seule réponse qui permette de réduire structurellement le coût des sinistres futurs. L’indemnisation post-sinistre, quelle que soit son efficacité, ne fait que déplacer le coût sans le réduire. Investir dans la prévention génère des économies massives sur le long terme, bien supérieures au coût des mesures préventives elles-mêmes.
Mais une politique de prévention efficace suppose de savoir avec précision quels bâtiments sont exposés à quel niveau d’aléa, quelles sont leurs caractéristiques structurelles qui déterminent leur vulnérabilité, et quelles mesures préventives seraient les plus efficaces pour réduire leur sinistralité potentielle. C’est une question de données avant d’être une question de ressources.
Les facteurs de vulnérabilité d'un bâtiment au RGA
Tous les bâtiments situés en zone d’aléa RGA ne présentent pas le même risque de sinistre. La probabilité et l’intensité des dommages dépendent à la fois de l’intensité de l’aléa sur le site et de la vulnérabilité structurelle du bâtiment.
La nature des fondations
Le facteur de vulnérabilité le plus déterminant est la profondeur et le type des fondations. Les maisons individuelles construites sur semelles filantes peu profondes (moins de 80 cm) sont les plus vulnérables, car leurs fondations se trouvent dans la zone de sol affectée par les variations de teneur en eau. Les bâtiments construits sur radiers ou sur pieux profonds sont beaucoup moins sensibles au phénomène, car leurs fondations atteignent des horizons de sol peu sensibles aux variations climatiques.
La profondeur des fondations n’est généralement pas disponible dans les bases de données publiques. Elle peut être estimée à partir de la période de construction (les normes constructives ont évolué) et du type de bâtiment, mais avec une incertitude significative. Pour les bâtiments dont le risque estimé est élevé, un diagnostic géotechnique de terrain reste nécessaire pour connaître précisément la situation.
La période de construction
La période de construction est l’un des indicateurs les plus utiles pour évaluer la vulnérabilité structurelle d’un bâtiment au RGA. La prise de conscience du risque RGA dans les pratiques constructives est progressive et directement liée aux épisodes de sinistralité historiques.
Les bâtiments construits avant 1948 ont été édifiés sans aucune réglementation thermique ni géotechnique. Leurs fondations sont souvent très superficielles, leurs matériaux sont anciens et leur entretien peut avoir été insuffisant.
Les bâtiments construits entre 1948 et 1975 correspondent à la grande période de construction de l’habitat individuel français, souvent dans des zones périurbaines dont la géologie argileuse n’était pas systématiquement prise en compte dans les choix d’implantation.
Les bâtiments construits entre 1975 et 2000 ont bénéficié de premières réglementations constructives, mais la prise en compte spécifique du RGA n’est pas encore systématique.
Les bâtiments construits après la loi ELAN de 2018, avec son arrêté d’octobre 2020, sont soumis à des prescriptions constructives obligatoires dans les zones classées en aléa moyen ou fort, incluant des exigences minimales sur la profondeur des fondations et les dispositions de drainage.
La présence de végétation racinaire à proximité
Un facteur aggravant méconnu est la présence d’arbres ou d’arbustes à fort développement racinaire à proximité immédiate du bâtiment. Les racines des arbres absorbent de grandes quantités d’eau dans le sol, accentuant la dessiccation locale lors des périodes de sécheresse et créant des gradients de teneur en eau particulièrement marqués entre les zones proches des racines et les zones éloignées.
Les espèces les plus problématiques sont les chênes, les peupliers, les saules, les robiniers et les platanes, dont le système racinaire peut s’étendre sur des rayons de 10 à 30 mètres. La présence de ces arbres à moins de leur hauteur du bâtiment constitue un facteur de risque aggravant qui peut conduire à des sinistres même sur des bâtiments construits dans des zones d’aléa faible.
La détection de la végétation racinaire à proximité des bâtiments est réalisable par analyse d’images aériennes, avec l’identification des espèces arborées et l’estimation de leur hauteur par analyse des ombres portées ou des données LiDAR.
L’imperméabilisation des abords
L’imperméabilisation des surfaces entourant un bâtiment (terrasses, allées, parkings pavés) peut paradoxalement aggraver la sinistralité RGA. En empêchant l’infiltration des eaux de pluie dans le sol, elle accentue les variations de teneur en eau entre les zones imperméabilisées et les zones non imperméabilisées. De plus, lors des épisodes de pluie intenses après une longue sécheresse, l’imperméabilisation provoque une réhumidification rapide et concentrée du sol dans les zones non couvertes, ce qui accentue les mouvements différentiels.
Les données nécessaires pour cartographier l'exposition au RGA
Les données d’aléa officiel
La carte nationale d’aléa RGA produite par le BRGM est la référence réglementaire pour l’identification des zones exposées. Mise à jour en janvier 2026 pour intégrer les données de sinistralité récentes, elle classe l’ensemble du territoire selon quatre niveaux d’aléa : nul, faible, moyen et fort. Elle est librement accessible via le portail Géorisques.
Mais la carte nationale BRGM présente une limite importante pour les usages professionnels : sa résolution est à l’échelle communale ou de grandes mailles géographiques. Elle ne permet pas de distinguer des situations différentes au sein d’une même commune, ni d’évaluer précisément l’aléa à l’échelle d’une parcelle ou d’un bâtiment.
Pour les décisions à l’échelle du bâtiment, notamment dans les zones d’aléa modéré où les situations peuvent être très contrastées à courte distance, des données à plus haute résolution sont nécessaires. Ces données peuvent être produites par des modèles qui combinent la cartographie BRGM avec des données topographiques (altitude, pente, drainage naturel), des données géologiques locales et des données historiques de sinistralité.
Les données de sinistralité historique
La base de données SILECC constitue la principale source de données sur la sinistralité RGA en France. Alimentée par les données de sinistres de compagnies représentant 88 % du marché, elle recense 446 000 sinistres survenus entre 1989 et 2022. Cette base de données a servi à calibrer la mise à jour de la carte d’exposition BRGM de janvier 2026.
Pour un gestionnaire de patrimoine immobilier ou un établissement bancaire, la localisation précise de la sinistralité historique dans les zones où ses actifs sont concentrés est une information précieuse. Elle permet de vérifier que les zones d’apparente faible exposition n’ont pas été « épargnées » par manque d’événements climatiques historiques plutôt que par une vraie résistance structurelle au phénomène.
Les données géologiques locales
Au-delà de la carte d’aléa nationale, les données géologiques locales permettent de préciser la nature et la teneur en argile des sols à l’échelle de la parcelle. Le BRGM publie des cartes géologiques à différentes échelles (1/50 000e pour la couverture nationale) qui permettent d’identifier les formations argileuses spécifiques présentes sous un site donné.
La teneur en minéraux argileux gonflants (smectites notamment) varie considérablement d’une formation géologique à l’autre. Deux sols classés en aléa moyen selon la carte nationale peuvent avoir des comportements très différents selon leur minéralogie précise. Cette information n’est disponible que dans les études géotechniques de terrain et dans certaines bases de données régionales spécialisées.
Les données sur les bâtiments
La connaissance précise des caractéristiques des bâtiments est indispensable pour évaluer leur vulnérabilité au RGA. Période de construction, type de structure, présence d’un vide sanitaire ou d’un sous-sol, surface au sol, surface de façade et présence de végétation racinaire à proximité sont les principaux attributs à mobiliser.
Ces données sont partiellement disponibles dans les bases de données publiques (cadastre, base Sit@del2 du Ministère de la Construction). Elles peuvent être enrichies par l’analyse d’images aériennes, qui permet de détecter la végétation racinaire, l’imperméabilisation des abords et l’état général du bâtiment (fissures visibles sur les façades, déformations de la toiture).
Comment utiliser ces données pour agir ?
Pour les propriétaires de maisons individuelles
La première étape pour un propriétaire est de vérifier si son logement est situé dans une zone d’aléa RGA selon la carte officielle Géorisques. Si la réponse est oui, plusieurs actions préventives peuvent réduire significativement le risque de sinistre.
L’élagage ou l’abattage des arbres à fort développement racinaire situés à moins de leur hauteur du bâtiment est l’une des mesures les plus efficaces et les moins coûteuses. La mise en place d’un drainage périphérique du bâtiment pour évacuer les eaux pluviales loin des fondations est une autre mesure préventive pertinente. Pour les bâtiments déjà sinistrés ou présentant des signes précurseurs (fissures en escalier le long des joints de maçonnerie, déformations des menuiseries), une étude géotechnique permettra d’identifier les causes précises et les solutions de remédiation appropriées.
Depuis janvier 2024, une attestation RGA prouvant la conformité aux normes techniques est obligatoire pour les constructions neuves en zone d’aléa moyen ou fort. Sans elle, les bâtiments sont exclus de l’indemnisation CatNat pendant dix ans. Pour les bâtiments existants, cette attestation n’est pas obligatoire mais peut être demandée comme condition de couverture par certains acteurs.
Pour les gestionnaires de patrimoine immobilier
Un gestionnaire de patrimoine qui ne dispose pas d’une vision précise de l’exposition de son parc au RGA navigue à l’aveugle. L’augmentation des événements extrêmes de sécheresse et l’extension géographique du risque rendent inévitables des sinistres sur des bâtiments qui n’avaient jamais été touchés auparavant.
La construction d’une cartographie de l’exposition au RGA à l’échelle du bâtiment, couvrant l’ensemble du parc, est un préalable indispensable à toute politique de prévention et de provisionnement des risques. Cette cartographie combine la carte d’aléa BRGM actualisée, les données sur les caractéristiques des bâtiments (période de construction, type de structure, présence de végétation racinaire) et les données de sinistralité historique disponibles.
Elle permet d’identifier les sous-ensembles du parc les plus exposés, de prioriser les diagnostics géotechniques approfondis sur ces sous-ensembles, de planifier les mesures préventives selon une logique coût-efficacité, et de provisioner correctement les risques futurs dans les comptes de l’entité.
Pour les établissements bancaires
Pour les banques qui portent des crédits immobiliers sur des logements situés en zone à risque RGA, la question de l’exposition se pose à deux niveaux.
Sur le plan du risque de crédit, un bâtiment sinistré par le RGA perd de la valeur. Si le sinistre est grave et les réparations coûteuses (plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une reprise en sous-œuvre), la valeur de la garantie hypothécaire peut être significativement affectée. La probabilité d’un sinistre grave augmente avec le niveau d’aléa et la vulnérabilité structurelle du bâtiment. Pour les portefeuilles concentrés dans des zones de fort aléa RGA, ce risque de dépréciation des garanties doit être intégré dans les modèles de risque de crédit.
Sur le plan du stress test climatique, les orientations de la BCE et de l’ACPR poussent les établissements à évaluer précisément leur exposition aux risques physiques à l’échelle de l’actif. Le RGA est explicitement cité parmi les risques physiques chroniques à modéliser dans les exercices de stress tests climatiques. La BCE estime que jusqu’à 15 % du PIB européen est exposé aux impacts croisés sécheresse-ressources en eau.
La disponibilité de données précises à l’échelle du bâtiment sur l’exposition au RGA et la vulnérabilité structurelle des logements financés est la condition pour que ces exercices réglementaires produisent des résultats fiables plutôt que des approximations.
Pour les collectivités territoriales
Pour les collectivités, le RGA est un risque qui touche simultanément leur patrimoine propre et le tissu résidentiel de leur territoire. Deux responsabilités distinctes en découlent.
La gestion de leur patrimoine bâti suppose de cartographier précisément l’exposition de chaque bâtiment public au RGA, d’identifier les bâtiments les plus vulnérables sur la base de leur période de construction et de leur localisation, et de planifier les interventions préventives selon une logique de priorité. Un gymnase de 1970 situé en zone d’aléa fort, avec des arbres de grande hauteur à proximité des murs de façade, présente un profil de risque élevé qui justifie un diagnostic géotechnique avant que le premier sinistre ne se produise.
L’animation territoriale de la prévention est la deuxième responsabilité. Les collectivités sont identifiées par tous les rapports institutionnels comme des acteurs essentiels de la diffusion de la culture du risque RGA auprès des particuliers et des entreprises. Pour jouer ce rôle efficacement, elles ont besoin d’une cartographie précise de l’exposition de leur territoire au RGA à l’échelle de la parcelle, que les cartes nationales ne permettent pas toujours de produire.
Certaines communes pionnières ont fait réaliser des zonages locaux d’aléa RGA à l’échelle communale, comme Toulouse, Rennes Métropole et Pénestin. Ces zonages plus précis ont été intégrés dans la mise à jour de la carte nationale BRGM de janvier 2026. Cette démarche devrait être généralisée aux communes et intercommunalités situées dans les zones les plus exposées.
La prévention plutôt que la réparation : le changement de paradigme nécessaire
Le rapport du Sénat sur le RGA est sans équivoque sur ce point. La politique curative de réparation post-sinistre « présente des limites en ne traitant les biens qu’une fois sinistrés avec un coût moyen important ». La prévention sur le bâti existant est décrite comme « le maillon faible de la politique relative aux catastrophes naturelles ».
Le coût moyen d’un sinistre RGA est de 16 500 euros. Mais derrière ce coût moyen, les situations les plus graves (reprises en sous-œuvre sur des bâtiments aux fondations très superficielles, dans des zones de forte argile expansive) peuvent coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros par bien. À cette somme s’ajoutent les coûts indirects pour les occupants (relogement temporaire, préjudices moraux, dépréciation du bien) et les coûts administratifs du régime CatNat.
Un diagnostic géotechnique préventif coûte entre 1 500 et 3 000 euros. Des mesures de drainage et d’élagage coûtent quelques centaines à quelques milliers d’euros. Ces coûts préventifs sont de un à dix fois inférieurs au coût des sinistres qu’ils permettent d’éviter. La logique économique de la prévention est incontestable.
Ce qui manque pour passer à l’échelle de la prévention, c’est la capacité à identifier les bâtiments les plus à risque avant le sinistre, à prioriser les interventions de manière méthodique et à démontrer à chaque propriétaire que son bien particulier est concerné. C’est une question de données avant d’être une question de ressources.
Les données géolocalisées à l’échelle du bâtiment, combinant l’aléa RGA actualisé, les caractéristiques structurelles du bâtiment (période de construction, type de fondations estimé, végétation racinaire détectée par imagerie aérienne) et l’historique de sinistralité local, permettent de produire cette cartographie du risque à l’échelle à laquelle les décisions préventives sont prises : celle du bâtiment individuel.
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