Green Asset Ratio (GAR) dans le cadre du Pilier 3 ESG
Depuis le 1er janvier 2024, les grandes banques européennes publient obligatoirement leur Green Asset Ratio dans leurs rapports Pilier 3 ESG. Cette obligation, issue du règlement européen sur la Taxonomie Verte et précisée par les actes délégués successifs, marque un tournant dans la manière dont les établissements financiers rendent compte de leur contribution à la transition écologique.
Le GAR n’est pas un indicateur purement théorique. Il conditionne la perception des établissements par les investisseurs institutionnels qui intègrent les critères ESG dans leurs décisions d’allocation, par les régulateurs qui l’utilisent comme base des stress tests climatiques, et par les agences de notation qui l’intègrent dans leurs scores de durabilité. Pour les directions financières et les équipes risque, savoir calculer un GAR précis, comprendre ses déterminants et définir une trajectoire d’amélioration est devenu un enjeu stratégique.
Cet article revient sur le fonctionnement du GAR, les défis opérationnels de son calcul, les leviers concrets pour l’améliorer et le rôle déterminant des données dans cette démarche.
Le GAR moyen parmi 40 banques européennes s'établissait à environ 3,7 % pour 2024, alors même que 35 % de leurs actifs sont considérés éligibles à la Taxonomie. Cet écart entre éligibilité et alignement réel illustre les difficultés opérationnelles du calcul autant que la sévérité des critères techniques d'alignement.
Ce que mesure le GAR et comment le calculer
La formule de base
Le Green Asset Ratio mesure la proportion des actifs d’un établissement bancaire finançant des activités économiques durables au sens de la Taxonomie Verte Européenne.
La formule est la suivante. Le GAR est le rapport entre le total des actifs durables (expositions finançant des activités conformes à la Taxonomie) et le total des actifs couverts (l’ensemble des actifs entrant dans le périmètre défini par la réglementation).
Prenons un exemple simple. Un établissement dispose d’un portefeuille d’actifs couverts de 100 milliards d’euros. Parmi ceux-ci, 4 milliards financent des activités conformes à la Taxonomie au sens de l’alignement. Le GAR de cet établissement est donc de 4 %, un niveau proche de la moyenne européenne observée en 2024.
Cette formule simple recouvre en pratique une complexité opérationnelle considérable, notamment dans la définition précise du dénominateur.
Ce qui entre dans le dénominateur
Le périmètre du dénominateur du GAR est défini réglementairement et ne correspond pas à la totalité du bilan bancaire. Entrent dans le calcul les prêts aux ménages (prêts immobiliers résidentiels, crédits automobiles, autres crédits à la consommation), les prêts aux entreprises non financières, les prêts aux collectivités et aux administrations publiques, et les investissements en titres de dette.
Sont en revanche exclus du périmètre les expositions sur les PME qui ne sont pas encore soumises aux obligations de reporting Taxonomie, les expositions souveraines, les expositions interbancaires et les dérivés. Cette exclusion des PME est l’une des principales raisons pour lesquelles les GAR publiés restent faibles, même pour des établissements très engagés dans la finance durable. Les portefeuilles bancaires comportent souvent une proportion importante d’expositions sur des PME, dont les données Taxonomie ne sont pas disponibles et qui ne peuvent donc pas contribuer positivement au numérateur.
La distinction entre éligibilité et alignement
Une confusion fréquente porte sur la distinction entre les actifs éligibles et les actifs alignés.
Un actif est éligible si l’activité qu’il finance entre dans le périmètre des activités couvertes par la Taxonomie, c’est-à-dire si elle fait partie des secteurs pour lesquels des critères techniques d’alignement ont été définis. L’éligibilité ne dit rien sur le fait que l’activité est effectivement durable.
Un actif est aligné si l’activité qu’il finance satisfait effectivement aux critères techniques de sélection définis par les actes délégués de la Taxonomie, ne nuit pas significativement aux autres objectifs environnementaux (principe DNSH) et respecte les garanties sociales minimales. C’est l’alignement, et non l’éligibilité, qui entre dans le numérateur du GAR.
En pratique, le taux d’éligibilité moyen des actifs bancaires européens est d’environ 35 %, mais le taux d’alignement effectif ne dépasse pas 4 %. Cet écart considérable tient à la fois à la difficulté de collecter les données nécessaires à la vérification de l’alignement et à la sévérité des critères techniques eux-mêmes.
Le GAR dans son contexte réglementaire
Le Pilier 3 ESG
Le Pilier 3 des accords de Bâle est le volet « discipline de marché » du cadre prudentiel bancaire. Il impose aux établissements de publier des informations détaillées sur leur exposition aux risques, permettant aux investisseurs et aux autres parties prenantes d’évaluer leur solidité financière. L’extension du Pilier 3 aux risques ESG, intégrée dans les actes délégués du règlement Taxonomie et dans les orientations de l’Autorité Bancaire Européenne (ABE), a formalisé l’obligation pour les grandes banques européennes de publier leurs indicateurs ESG de manière standardisée.
Le rapport Pilier 3 ESG comprend un ensemble de tableaux standardisés portant sur plusieurs dimensions. La première concerne les informations qualitatives sur les stratégies et les politiques ESG de l’établissement. La deuxième porte sur les métriques climatiques, notamment les émissions de GES financées (Scopes 1, 2 et 3) et les expositions aux risques physiques et de transition. La troisième couvre le GAR et les autres ratios de durabilité.
L’articulation avec la CSRD
La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), applicable progressivement depuis janvier 2024, impose aux grandes entreprises de publier un rapport de durabilité basé sur les normes ESRS. Pour les établissements financiers, le rapport CSRD et le rapport Pilier 3 ESG se superposent partiellement, créant une obligation de cohérence entre les informations publiées dans les deux cadres.
Le GAR calculé dans le Pilier 3 ESG doit être cohérent avec les indicateurs Taxonomie publiés dans le rapport CSRD. Cette articulation entre les deux obligations est une source de complexité supplémentaire pour les équipes en charge du reporting.
Les évolutions apportées par le paquet Omnibus
En décembre 2025, le paquet Omnibus a introduit des modifications importantes au cadre réglementaire entourant le GAR. L’acte délégué de juillet 2025 a modifié les méthodologies de calcul, introduit des seuils de matérialité permettant d’exempter les expositions les plus faibles, et assoupli certaines exigences de collecte de données.
Ces modifications visent à alléger la charge opérationnelle tout en préservant l’intégrité du dispositif. Elles créent néanmoins une incertitude de court terme sur la comparabilité des GAR publiés entre établissements et entre exercices successifs, puisque les méthodologies de calcul évoluent d’une année sur l’autre.
Les défis opérationnels du calcul du GAR
La collecte de données sur les contreparties
Le principal défi opérationnel du GAR est la disponibilité des données nécessaires à l’évaluation de l’alignement des expositions. Pour qu’un actif entre dans le numérateur du GAR, il faut être en mesure de démontrer que l’activité financée satisfait aux critères techniques d’alignement de la Taxonomie.
Pour les grandes entreprises soumises à la CSRD, ces données sont en théorie disponibles dans leur rapport de durabilité. En pratique, la qualité et la standardisation de ces données sont encore inégales, et les méthodologies utilisées par les entreprises pour calculer leurs indicateurs Taxonomie varient. Pour les entreprises qui ne sont pas encore soumises à la CSRD, ces données sont simplement indisponibles.
Ce problème de disponibilité des données est structurel. Il ne sera résolu que progressivement, à mesure que le champ d’application de la CSRD s’étendra et que les pratiques de reporting se standardiseront.
La gestion des crédits immobiliers résidentiels
Les crédits immobiliers résidentiels constituent une catégorie particulière dans le calcul du GAR. Pour cette catégorie, l’évaluation de l’alignement ne passe pas par les données publiées par l’emprunteur (un ménage ne publie pas de rapport Taxonomie), mais par les caractéristiques du bien immobilier financé.
Pour un crédit hypothécaire résidentiel, la conformité à la Taxonomie au titre de l’objectif d’atténuation du changement climatique est évaluée principalement sur la base de la performance énergétique du logement. Un logement neuf doit respecter les exigences de la RE2020 pour être considéré comme aligné. Un logement ancien doit se situer parmi les 15 % les plus performants du parc immobilier national, ou avoir fait l’objet de travaux de rénovation permettant de gagner au minimum deux classes de DPE.
Ces critères rendent indispensable la connaissance du classement DPE de chaque logement financé, une information qui n’est pas systématiquement disponible dans les systèmes d’information des établissements bancaires. La collecte et la mise à jour de cette information constituent un chantier opérationnel majeur pour les banques françaises.
La contrainte du « périmètre stable »
Un enjeu souvent sous-estimé dans le calcul du GAR est la nécessité de maintenir un périmètre de calcul cohérent d’une année sur l’autre pour permettre une comparaison dans le temps. Or, le portefeuille d’une banque évolue constamment par de nouvelles originations, des remboursements anticipés et des cessions. La définition d’un dénominateur stable et comparable sur plusieurs exercices est une question méthodologique qui ne dispose pas encore de solution universellement adoptée.
Les leviers concrets pour améliorer le Green Asset Ratio
Améliorer son GAR n’est pas seulement un exercice de reporting. C’est le reflet d’une réorientation réelle du portefeuille vers des actifs finançant des activités durables. Deux leviers sont particulièrement significatifs pour le portefeuille de crédits immobiliers résidentiels des banques françaises.
Le financement de la rénovation énergétique
La rénovation énergétique des logements est le levier le plus direct pour améliorer le GAR sur la fraction résidentielle du portefeuille. Lorsqu’un établissement finance des travaux qui permettent à un logement de passer d’une classe F à une classe C, il transforme un actif non aligné en actif potentiellement aligné sur la Taxonomie.
Le mécanisme est le suivant. Un crédit immobilier portant sur un logement classé F ou G ne peut pas entrer dans le numérateur du GAR au titre des critères d’alignement sur l’objectif climatique. En revanche, si l’emprunteur réalise une rénovation globale permettant d’atteindre la classe C et que la banque finance ces travaux via un éco-PTZ ou un prêt travaux, le bien rénové peut désormais contribuer positivement au GAR.
Pour concrétiser ce levier à grande échelle, les établissements ont besoin de deux capacités. La première est d’identifier dans leur portefeuille existant les logements classés F ou G, pour cibler proactivement les clients dont la rénovation permettrait d’améliorer le GAR. La deuxième est d’accompagner ces clients avec une offre de financement de la rénovation accessible et attractive, articulant éco-PTZ, MaPrimeRénov’ et prêts complémentaires.
Les chiffres en jeu sont significatifs. En France, les crédits immobiliers portant sur des passoires thermiques représentent une part non négligeable des encours des banques françaises. Mobiliser ne serait-ce qu’une fraction de ces propriétaires vers la rénovation aurait un impact mesurable sur les GAR.
Le financement de la solarisation
L’installation de panneaux photovoltaïques sur les toitures de logements résidentiels est une autre voie pour augmenter le GAR. La production d’électricité solaire est une activité admissible de facto dans la Taxonomie Verte, sous réserve de respecter le seuil d’émissions de 100 grammes de CO₂ équivalent par kWh produit sur le cycle de vie, ce que les installations photovoltaïques modernes satisfont sans difficulté.
Un prêt finançant l’installation de panneaux solaires sur un logement résidentiel peut donc contribuer positivement au GAR, à condition de disposer des données techniques nécessaires pour démontrer la conformité de l’installation aux critères d’alignement.
Pour identifier les meilleures opportunités dans leur portefeuille, les établissements ont besoin de données sur le potentiel solaire des toitures des logements financés. Ces données permettent de cibler les clients dont le logement présente les meilleures caractéristiques pour une installation rentable et conforme à la Taxonomie.
La prise en compte des risques climatiques physiques
Au-delà des leviers d’amélioration du GAR, les banques doivent également gérer les actifs de leur portefeuille qui présentent des risques climatiques physiques élevés. Un logement situé en zone inondable à risque fort ou exposé à un fort aléa de retrait-gonflement des argiles porte des risques de dépréciation qui se reflètent dans la qualité de la garantie hypothécaire, même si ce critère n’entre pas directement dans le calcul du GAR.
L’intégration des données de risques climatiques physiques à l’échelle du bâtiment permet aux établissements de mieux segmenter leur portefeuille, d’identifier les concentrations de risques géographiques et de définir des politiques d’origination adaptées pour les zones les plus exposées.
La donnée bâtiment comme condition du GAR
Pourquoi les données publiques sont insuffisantes ?
Pour calculer un GAR précis sur la fraction résidentielle de leur portefeuille, les établissements bancaires ont besoin de connaître, pour chaque logement financé, son classement DPE actuel, ses caractéristiques techniques (isolation, chauffage, surface), son potentiel de production solaire et son exposition aux risques climatiques physiques.
Les données publiques disponibles ne couvrent pas l’intégralité du parc. Les DPE collectés par l’ADEME ne concernent qu’une fraction du parc total, même si cette couverture progresse avec chaque transaction et chaque nouvelle location. Les caractéristiques techniques des bâtiments anciens sont rarement disponibles dans des bases de données publiques accessibles et structurées.
Cette lacune ne peut être comblée que par des modèles d’estimation capables de produire une information fiable sur les bâtiments pour lesquels aucune donnée directe n’est disponible. L’intelligence artificielle appliquée à l’analyse d’images aériennes et à la modélisation thermique des bâtiments permet aujourd’hui de couvrir l’ensemble du parc résidentiel français avec un niveau de précision suffisant pour le reporting réglementaire.
Ce que les données géolocalisées permettent concrètement
Une donnée bâtiment géolocalisée et enrichie, disponible pour l’ensemble du parc français, permet aux établissements bancaires de conduire plusieurs types d’analyses directement utiles au pilotage du GAR.
La cartographie du portefeuille selon le classement DPE estimé permet d’identifier immédiatement la proportion d’actifs potentiellement non alignés en raison de la performance énergétique des logements financés. Cette vision d’ensemble est indispensable pour définir une trajectoire d’amélioration du GAR et prioriser les actions commerciales.
L’identification des opportunités de rénovation dans le portefeuille existant permet de cibler proactivement les clients dont le logement est le plus susceptible d’être rénové avec un impact positif sur le GAR. Un client propriétaire d’un logement classé F, situé dans une commune où la dynamique de rénovation est active et dont le profil financier est compatible avec un éco-PTZ, est un prospect à fort potentiel pour une action commerciale ciblée.
L’évaluation du potentiel solaire bâtiment par bâtiment permet de qualifier les opportunités de solarisation dans le portefeuille et d’identifier les clients les plus susceptibles de répondre favorablement à une proposition de financement d’installation photovoltaïque.
L’analyse des risques climatiques physiques au niveau du bâtiment permet de mesurer la concentration des risques dans les zones les plus exposées et d’anticiper les évolutions de valeur des garanties hypothécaires sous différents scénarios climatiques.
La qualité du GAR est directement proportionnelle à la qualité des données disponibles sur le portefeuille. Un établissement qui sait, pour chaque logement financé, son classement DPE, son potentiel solaire et son exposition aux risques climatiques dispose d'un avantage opérationnel considérable par rapport à un concurrent qui calcule son GAR à partir d'estimations agrégées.
Ce que les régulateurs attendent des banques
Les stress tests climatiques de la BCE et de l’ACPR
La Banque Centrale Européenne et l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution ont intégré les risques climatiques dans leurs outils de supervision. Les stress tests climatiques, conduits périodiquement depuis 2022, évaluent la résilience des portefeuilles bancaires face à différents scénarios de transition (rapidité de la décarbonation) et de risques physiques (intensification des événements extrêmes).
Pour ces exercices, les banques doivent être capables de quantifier leur exposition aux actifs « stranded », c’est-à-dire aux actifs dont la valeur pourrait se déprécier fortement sous l’effet des politiques climatiques ou des effets physiques du changement climatique. Les passoires thermiques constituent une catégorie typique d’actifs exposés à ce risque de dépréciation.
Les exigences de reporting en évolution permanente
L’environnement réglementaire entourant le GAR est encore en cours de stabilisation. Les FAQ publiées par la Commission Européenne en novembre 2024 ont clarifié plusieurs points d’interprétation des critères d’alignement. L’acte délégué de juillet 2025 a introduit de nouvelles modalités de calcul. Des évolutions supplémentaires sont attendues dans les prochaines années.
Cette instabilité réglementaire est une source de charge opérationnelle pour les équipes qui gèrent le reporting Taxonomie. Elle souligne l’importance de disposer de systèmes d’information flexibles, capables d’intégrer rapidement les évolutions méthodologiques sans remettre en cause l’ensemble de la chaîne de traitement des données.
Le GAR dans la stratégie globale de durabilité
Le GAR n’est pas un indicateur isolé. Il s’inscrit dans une stratégie globale de durabilité qui suppose des engagements cohérents entre les différentes dimensions du reporting ESG.
Un établissement qui affiche un GAR en progression mais dont les émissions financées de Scope 3 augmentent envoie un signal contradictoire aux investisseurs et aux régulateurs. La cohérence entre les différents indicateurs publiés dans le Pilier 3 ESG, le rapport CSRD et les communications commerciales est une exigence de crédibilité croissante.
À mesure que les données disponibles s’améliorent et que les méthodologies se stabilisent, le GAR devrait progressivement mieux refléter la réalité de l’engagement des établissements dans la transition. Les banques qui auront investi dans la qualité de leurs données et dans l’intégration des critères de durabilité dans leurs processus d’origination seront les mieux positionnées pour démontrer cette progression.
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