Comment le DPE est-il devenu un enjeu pour l’accès aux crédits immobiliers ?

DPE crédits immobiliers

Introduit en 2006 comme simple document d’information annexé aux transactions immobilières, le diagnostic de performance énergétique (DPE) est devenu en moins de vingt ans un critère structurant du marché immobilier français. Il conditionne aujourd’hui l’accès aux prêts aidés, influence directement la valeur des biens, détermine les possibilités de mise en location et pèse sur le risque de crédit des établissements bancaires.

Cette transformation s’est accélérée avec la loi Climat et Résilience de 2021, qui a posé un calendrier progressif d’évolution des exigences sur les logements énergivores. Propriétaires, acheteurs et établissements bancaires intègrent désormais la performance énergétique comme une variable structurelle de leurs décisions, au même titre que la localisation ou la surface.

En France, le parc résidentiel compte aujourd’hui environ 5,2 millions de logements classés F ou G les passoires thermiques et près de 16 millions classés D ou E, qui seront progressivement concernés par les restrictions à venir.

La question n’est donc pas marginale : elle touche une part très significative du parc immobilier national et, par extension, une part tout aussi significative des encours de crédit immobilier des banques françaises.

À retenir

5,2 millions de logements sont aujourd'hui classés F ou G en France. Depuis janvier 2025, les logements G ne peuvent plus être proposés à la location. Les logements F suivront en 2028. Pour les propriétaires concernés, c'est l'occasion d'engager des travaux qui améliorent à la fois le confort, la valeur du bien et son attractivité sur le marché.

Ce que mesure vraiment le DPE

Les deux indicateurs clés

Le DPE évalue deux dimensions complémentaires d’un logement :

La consommation d’énergie primaire, exprimée en kilowattheures par mètre carré et par an (kWh/m²/an). Elle mesure l’énergie nécessaire pour chauffer, refroidir, ventiler et produire l’eau chaude sanitaire du logement.

Les émissions de gaz à effet de serre, exprimées en kilogrammes de CO₂ équivalent par mètre carré et par an (kg CO₂eq/m²/an). Elles tiennent compte du mix énergétique associé à chaque source d’énergie utilisée.

La note finale de A à G est déterminée par le moins bon des deux scores. Un logement chauffé à l’électricité peut ainsi être pénalisé sur l’indicateur carbone même si sa consommation énergétique absolue est faible, ou inversement.

Les seuils qui définissent les classes

Classe Consommation (kWh/m²/an) Émissions (kg CO₂eq/m²/an)
A ≤ 70 ≤ 6
B 71 – 110 7 – 11
C 111 – 180 12 – 30
D 181 – 250 31 – 50
E 251 – 330 51 – 70
F 331 – 420 71 – 100
G > 420 > 100

Ces seuils sont identiques pour tous les logements depuis la réforme de 2021, quelle que soit leur localisation géographique une simplification qui a certes amélioré la lisibilité, mais qui ne tient pas compte des besoins de chauffage structurellement plus élevés dans certaines régions.

La réforme de 2021 : un DPE enfin fiable et opposable

Avant juillet 2021, le DPE pouvait être calculé à partir des factures d’énergie des occupants ce qui le rendait dépendant de leurs comportements et pratiquement inutilisable pour comparer deux logements. Depuis la réforme, le calcul est entièrement basé sur les caractéristiques techniques du bâtiment : isolation des murs, de la toiture et du plancher, type de menuiseries, système de chauffage, production d’eau chaude, ventilation.

Cette évolution a deux conséquences majeures. D’abord, le DPE est devenu juridiquement opposable : un diagnostic erroné engage la responsabilité civile du diagnostiqueur et peut donner lieu à des recours. Ensuite, il est devenu un vrai outil de décision pour les banques, les notaires et les acheteurs on peut enfin se fier à la note pour évaluer le risque et la valeur d’un bien.

Le calendrier réglementaire : une pression croissante sur les passoires thermiques

Les interdictions de location, étape par étape

La loi Climat et Résilience a institué un calendrier progressif d’interdiction de location des logements énergivores :

  • Août 2022 : interdiction d’augmenter le loyer des logements classés F et G
  • Janvier 2023 : interdiction de mettre en location les logements G dont la consommation dépasse 450 kWh/m²/an
  • Janvier 2025 : interdiction de mettre en location l’ensemble des logements classés G
  • Janvier 2028 : interdiction de mettre en location les logements classés F
  • Janvier 2034 : interdiction de mettre en location les logements classés E

Ce calendrier donne aux propriétaires bailleurs de logements F ou G un horizon clair pour planifier leurs travaux de rénovation. Rénover progressivement permet de bénéficier des aides disponibles, d’améliorer le confort des locataires et de préserver la valeur locative du bien sur le long terme.

L’obligation d’audit énergétique

Depuis le 1er avril 2023, la vente d’une maison individuelle ou d’un immeuble en monopropriété classé F ou G est conditionnée à la réalisation d’un audit énergétique réglementaire. Cette obligation ne concerne pas les appartements en copropriété ni les logements mis en location uniquement les ventes dans le périmètre décrit.

Plus complet qu’un simple DPE, cet audit doit présenter plusieurs scénarios de travaux progressifs, avec une estimation des coûts, du gain énergétique attendu et de l’impact sur le classement DPE. L’objectif visé est généralement d’atteindre une performance élevée (souvent la classe B), mais le parcours de travaux peut être séquencé en plusieurs étapes selon la situation du bien. Il doit être remis à l’acheteur avant les visites et constitue naturellement un point d’appui dans la négociation du prix. Son coût se situe entre 500 et 1 000 euros selon la surface et la complexité du logement.

L’extension prévue aux logements E

Si le calendrier jusqu’en 2034 est déjà arrêté, les discussions réglementaires portent également sur les 16 millions de logements classés D et E. Une grande partie de ces biens devront être rénovés à horizon 2040-2050 pour atteindre les objectifs de neutralité carbone du secteur du bâtiment. Pour les établissements bancaires, cela signifie que la problématique ne se limite pas aux seules passoires thermiques actuelles, mais concerne une fraction beaucoup plus large du parc résidentiel.

À retenir

L'audit énergétique obligatoire depuis avril 2023 s'applique uniquement aux maisons individuelles et immeubles en monopropriété classés F ou G mis en vente. Il fournit à l'acheteur une feuille de route concrète pour la rénovation, avec estimation des coûts et des gains énergétiques attendus.

L'impact du DPE sur la valeur des biens : les chiffres

Une prime à la performance énergétique désormais mesurable

Les études de marché confirment que la performance énergétique influence désormais significativement la valeur des biens immobiliers.

D’après les notaires de France, les écarts de prix entre classes DPE sont devenus structurels et s’accentuent :

  • En Nouvelle-Aquitaine, un logement classé B se vend entre 11 et 14 % plus cher qu’un logement D équivalent. Un logement F subit une décote d’environ 18 % par rapport à ce même logement D.
  • En Île-de-France, les écarts sont légèrement moins marqués en raison de la pression de la demande, mais la tendance est identique et s’accélère.
  • Dans les zones rurales et les marchés détendus, l’impact est souvent plus fort : un bien énergivore peut rester très longtemps sans acquéreur, ce qui force les vendeurs à baisser significativement leur prix.

Le « green premium » s’installe durablement

Le phénomène inverse du « brown discount » est également à l’œuvre : les logements bien classés (A et B) bénéficient d’une prime de valeur croissante. Chauffage moins coûteux, meilleur confort thermique, absence de contraintes réglementaires à venir ces atouts sont de mieux en mieux valorisés par les acheteurs, qui intègrent désormais le coût de l’énergie dans leurs calculs de capacité d’achat.

L’effet « charges comprises » sur la capacité d’emprunt

Un logement énergivore engendre des charges énergétiques élevées parfois 200 à 400 euros par mois supplémentaires par rapport à un logement bien isolé. Ces charges réduisent le reste à vivre de l’emprunteur et donc sa capacité de remboursement réelle. Certains établissements bancaires commencent à intégrer une estimation des charges énergétiques dans leur calcul du taux d’effort, ce qui peut affecter le montant de prêt accordé pour un logement énergivore.

DPE et accès aux financements : le panorama complet

Le prêt à taux zéro (PTZ) réformé en 2024

Le prêt à taux zéro a été profondément reconfiguré au 1er janvier 2024. Pour les logements anciens avec travaux, le PTZ reste accessible mais sous conditions de performance énergétique : le bien doit atteindre au minimum la classe D après travaux. Pour les logements neufs, le PTZ est étendu à l’ensemble du territoire pour les immeubles collectifs, et recentré sur les zones A, A bis et B1 pour les maisons individuelles. Son montant peut atteindre 118 000 euros selon la zone géographique et les revenus du ménage, sur une durée pouvant aller jusqu’à 25 ans.

L’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ)

L’éco-PTZ finance les travaux de rénovation énergétique sans intérêts. Depuis sa revalorisation en 2022, il peut atteindre :

  • 50 000 euros pour une rénovation globale permettant d’atteindre la classe B ou A
  • 30 000 euros pour des travaux combinant au moins deux gestes
  • 15 000 euros pour un geste unique (isolation ou changement de système de chauffage)

Il est accessible sans condition de ressources, cumulable avec MaPrimeRénov’ et les aides des CEE (Certificats d’Économies d’Énergie), et remboursable sur 20 ans. Pour les établissements bancaires qui le distribuent, il représente une opportunité commerciale directe : il crée un point de contact sur un besoin réel et ouvre souvent la porte à d’autres financements complémentaires.

MaPrimeRénov’ : les subventions directes

MaPrimeRénov’ est le dispositif de subvention de l’ANAH pour la rénovation énergétique. Son montant varie selon les revenus du ménage et la nature des travaux. Pour les ménages modestes et très modestes, les subventions peuvent couvrir jusqu’à 70 % du coût des travaux pour certains gestes, voire davantage dans le cadre d’une rénovation globale. Depuis 2024, le dispositif a été recentré pour favoriser les rénovations d’ampleur celles qui permettent de gagner au moins deux classes de DPE au détriment des gestes isolés.

Le prêt Action Logement

Destiné aux salariés d’entreprises du secteur privé, le prêt Action Logement peut atteindre 40 000 euros pour l’acquisition de la résidence principale, sur 25 ans à taux préférentiel. Il est accordé sous conditions de ressources et de zonage géographique, mais constitue un complément de financement non négligeable pour les primo-accédants dont le logement présente un DPE moyen ou faible.

Les prêts « verts » des établissements bancaires

Face à la pression réglementaire et à la demande croissante, plusieurs banques françaises ont développé des offres de prêts immobiliers bonifiés pour les logements bien classés ou les acquisitions avec travaux de rénovation. Ces prêts proposent typiquement une décote de taux de 0,1 à 0,3 point pour les logements A ou B, ou pour les projets incluant un plan de rénovation validé. Bien que les montants restent modestes, ces offres constituent un signal fort sur la direction que prend le marché du crédit immobilier.

À retenir

En combinant éco-PTZ (jusqu'à 50 000 €), MaPrimeRénov' (jusqu'à 70 % pour les ménages modestes) et les aides CEE, le reste à charge d'une rénovation globale peut être significativement réduit. Identifier ces combinaisons pour chaque client est un avantage concurrentiel pour les conseillers bancaires.

Le DPE comme facteur de risque de crédit : ce que les banques doivent intégrer

L’évolution de la valeur des logements énergivores

La performance énergétique influence de plus en plus la valeur des biens sur le marché. Les logements classés F ou G subissent une décote croissante, tandis que les biens bien classés bénéficient d’une prime. Pour un établissement bancaire, cela signifie que la valeur d’une garantie hypothécaire peut évoluer dans le temps en fonction du classement DPE du bien une dimension à intégrer dans l’évaluation initiale du crédit.

Cette tendance est progressive et prévisible, ce qui permet aux établissements de l’anticiper plutôt que de la subir. Un logement F financé aujourd’hui peut retrouver de la valeur si son propriétaire engage des travaux dans les prochaines années ce qui fait de l’accompagnement à la rénovation un levier à la fois de gestion du risque et de relation client.

Le risque de liquidité en cas de saisie

Un logement énergivore est plus difficile à vendre rapidement. En cas de défaut de l’emprunteur et de procédure de saisie, la banque peut se retrouver avec un bien dont la commercialisation prend beaucoup plus de temps qu’un logement standard ce qui allonge les délais de recouvrement et augmente les coûts de portage. Ce risque de liquidité est souvent sous-estimé dans les modèles de provisionnement classiques.

Les exigences réglementaires qui arrivent

Les régulateurs européens BCE, EBA, ACPR ont clairement signifié que les risques climatiques physiques et de transition doivent être intégrés dans les modèles de risque des établissements financiers. Les stress tests climatiques de l’EBA et les exigences de reporting CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) obligent les banques à cartographier précisément l’exposition de leur portefeuille immobilier aux logements énergivores. Disposer d’une donnée granulaire à l’échelle du bâtiment et non d’une simple agrégation communale est devenu une nécessité opérationnelle.

L’impact sur le pricing des crédits

Au-delà du risque, la performance énergétique va progressivement s’intégrer dans la tarification des crédits immobiliers. Un emprunteur qui acquiert un logement F sans plan de rénovation présente un risque objectivement plus élevé qu’un emprunteur qui achète un logement C à revenus et apport identiques. La modélisation de ce différentiel de risque, bien qu’encore embryonnaire, est un chantier ouvert dans plusieurs établissements français.

Comment accompagner les clients de la détection à l'action ?

Identifier les logements prioritaires dans son portefeuille

La première étape pour un établissement bancaire est de savoir précisément quels clients sont propriétaires de logements énergivores. Cette information est rarement disponible directement dans les systèmes de gestion de la relation client elle nécessite d’être enrichie par des données externes géolocalisées.

Les données rénovation énergétique namR permettent de qualifier l’ensemble d’un portefeuille immobilier bâtiment par bâtiment : estimation du DPE, identification des logements F et G, évaluation du potentiel de rénovation et estimation du coût des travaux nécessaires. Cette cartographie exhaustive permet de prioriser les actions commerciales vers les clients dont l’urgence est la plus forte.

Proposer un parcours de rénovation personnalisé

Une fois les clients identifiés, l’enjeu est de leur proposer un accompagnement concret. Le simulateur rénovation énergétique namR permet à un conseiller de co-construire avec son client un plan de travaux adapté à son logement en intégrant les caractéristiques réelles du bâtiment (isolation, chauffage, ventilation), les aides disponibles selon sa situation et son niveau de revenus, et une estimation du gain énergétique et de la nouvelle classe DPE après travaux.

Ce parcours transforme une contrainte réglementaire en opportunité commerciale : chaque client propriétaire d’une passoire thermique est un prospect potentiel pour un éco-PTZ, un prêt travaux, voire un rachat de crédit incluant le financement de la rénovation.

Les gestes travaux les plus efficaces

Pour conseiller utilement ses clients, il est important de connaître les travaux qui ont le meilleur rapport entre coût, gain énergétique et amélioration du classement DPE. Les études de l’ADEME et de l’ANAH permettent d’identifier les priorités :

L’isolation thermique toiture, murs, planchers bas représente le poste le plus impactant sur la consommation énergétique. L’isolation des combles perdus, en particulier, est l’un des gestes les plus accessibles financièrement (souvent moins de 5 000 euros pour une maison individuelle) pour un gain substantiel.

Le remplacement du système de chauffage passage d’une chaudière fioul ou d’un convecteur électrique vers une pompe à chaleur ou une chaudière à gaz à condensation permet souvent de faire franchir plusieurs classes de DPE d’un coup, notamment sur l’indicateur carbone.

Le remplacement des fenêtres a un impact plus limité sur le classement DPE mais améliore significativement le confort thermique et peut être déterminant pour passer un seuil de classe.

La combinaison optimale de ces gestes dépend des caractéristiques précises de chaque logement c’est précisément ce que les données namR permettent de déterminer bien par bien.

À retenir

L'isolation des combles perdus peut représenter jusqu'à 30 % des déperditions thermiques d'une maison individuelle et coûte souvent moins de 5 000 euros. C'est fréquemment le premier geste à recommander avant tout autre travaux.

Ce que le DPE va continuer de changer dans les années à venir

Le marché immobilier français intègre progressivement la performance énergétique comme un critère de valeur à part entière. Cette tendance est amenée à se renforcer pour plusieurs raisons.

Le coût de l’énergie reste un sujet.
Même si les prix ont partiellement reflué depuis les pics de 2022, les ménages ont pris conscience du poids des charges énergétiques dans leur budget. Un logement bien isolé représente une économie réelle et durable ce que les acheteurs valorisent de plus en plus dans leurs décisions.

Le calendrier réglementaire offre de la visibilité.
Les étapes jusqu’en 2034 sont connues. Pour les propriétaires, c’est une opportunité de planifier leurs travaux sereinement, en profitant des aides disponibles et en échelonnant les investissements.

Les acheteurs intègrent désormais le DPE dans leur calcul.
La génération d’acheteurs qui arrive sur le marché est bien informée des enjeux énergétiques. Elle tient compte du DPE au moment de négocier, anticipe le coût des travaux et intègre les charges dans son évaluation globale du bien.

Pour les établissements bancaires, disposer d’une vision précise de la performance énergétique de leur portefeuille immobilier permet à la fois de mieux évaluer leurs garanties et d’identifier des opportunités commerciales concrètes l’accompagnement à la rénovation représente un marché de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an en France.

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