Quels sont les critères ESG ?
Les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) ne sont plus un sujet réservé aux départements RSE ou aux grandes entreprises cotées. En l’espace de quelques années, ils sont devenus un référentiel structurant pour l’ensemble des acteurs économiques, sous l’effet conjugué de la réglementation européenne, de la pression des investisseurs et de l’évolution des attentes des parties prenantes.
Le Green Deal européen, la directive CSRD entrée en vigueur en 2024, la Taxonomie Verte Européenne, le règlement SFDR sur les produits financiers durables autant de textes qui transforment les critères ESG en obligations de mesure, de reporting et de stratégie. Pour les entreprises comme pour les établissements financiers, l’enjeu n’est plus de savoir s’il faut s’engager sur les ESG, mais comment le faire avec précision, cohérence et crédibilité.
Cet article revient sur ce que recouvrent concrètement les trois piliers ESG, comment ils sont mesurés, dans quel cadre réglementaire ils s’inscrivent en 2025, et pourquoi la qualité des données sous-jacentes est devenue un enjeu compétitif.
Depuis janvier 2024, la directive CSRD oblige les grandes entreprises européennes à publier un rapport de durabilité basé sur les normes ESRS, intégrant des indicateurs ESG vérifiés par un commissaire aux comptes. Le périmètre s'étendra progressivement aux entreprises de taille intermédiaire jusqu'en 2026.
Le pilier environnemental
Ce qu’il recouvre
Le pilier environnemental des critères ESG mesure l’impact d’une organisation sur les systèmes naturels. Il englobe l’ensemble des interactions entre l’activité économique et l’environnement physique, à la fois dans leur dimension d’atténuation (réduire les impacts négatifs) et d’adaptation (se préparer aux effets du changement climatique).
Les principaux indicateurs environnementaux suivis dans les reporting ESG portent sur les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie et la part des énergies renouvelables dans le mix, la consommation d’eau et la gestion des rejets hydriques, la production de déchets et le taux de recyclage, l’impact sur la biodiversité et les écosystèmes, et la performance énergétique des actifs immobiliers détenus ou financés.
Les émissions de GES et les scopes
La mesure des émissions de gaz à effet de serre est structurée autour de trois périmètres distincts, communément appelés Scope 1, 2 et 3.
Le Scope 1 regroupe les émissions directes de l’organisation, issues de ses propres installations et véhicules. Pour une banque, ce sont principalement les émissions de ses bâtiments et de sa flotte.
Le Scope 2 concerne les émissions indirectes liées à la consommation d’énergie achetée (électricité, chaleur, vapeur). Elles dépendent du mix énergétique du pays ou de la région où l’organisation opère.
Le Scope 3 est de loin le plus complexe et le plus significatif pour les organisations dont l’impact principal passe par leurs fournisseurs, leurs clients ou leurs investissements. Pour un établissement bancaire, le Scope 3 inclut notamment les émissions financées, c’est-à-dire les GES générés par les activités des entreprises et des particuliers que la banque finance. Cette catégorie, encadrée par le protocole PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials), représente souvent plus de 95 % de l’empreinte carbone totale d’une banque.
Les risques climatiques physiques
Au-delà des émissions, le pilier environnemental intègre de plus en plus les risques climatiques physiques auxquels les actifs d’une organisation sont exposés. Inondations, sécheresses, vagues de chaleur, retrait-gonflement des argiles, submersions marines ces risques ont un impact direct sur la valeur des actifs immobiliers financés, sur la continuité des activités et sur les coûts opérationnels.
Pour les établissements financiers, l’évaluation de ces risques physiques à l’échelle de leur portefeuille est devenue une exigence des régulateurs (BCE, ACPR) et un enjeu de gestion des garanties hypothécaires. Un portefeuille surexposé à des actifs situés en zone inondable ou composé majoritairement de passoires thermiques porte des risques de dépréciation qui doivent être quantifiés et communiqués.
Le pilier social
Ce qu’il recouvre
Le pilier social des critères ESG évalue la manière dont une organisation gère ses relations avec les personnes : ses salariés, ses fournisseurs, ses clients et les communautés dans lesquelles elle opère. Il repose sur l’idée que la valeur durable ne peut être créée durablement que si elle est partagée équitablement.
Les principaux indicateurs sociaux concernent les conditions de travail (sécurité, santé, temps de travail), la diversité et l’inclusion (parité hommes/femmes aux postes de direction, représentation des minorités, accessibilité pour les personnes en situation de handicap), la politique de rémunération et les écarts salariaux, la formation et le développement des compétences, le respect des droits humains dans la chaîne d’approvisionnement, et l’impact sur les communautés locales.
La dimension sociale dans le secteur financier
Pour les établissements bancaires, le pilier social a une dimension particulière. L’accès aux services financiers, le financement des projets ayant un impact social positif (logement social, financement des PME dans les territoires sous-dotés, soutien aux ménages modestes pour la rénovation énergétique) et la responsabilité vis-à-vis des clients vulnérables font partie des indicateurs sociaux les plus scrutés.
Le financement inclusif de la rénovation énergétique illustre bien cette articulation entre social et environnemental. Les passoires thermiques sont surreprésentées dans les parcs de logements occupés par des ménages modestes, qui paient des factures d’énergie disproportionnées et vivent dans des logements inconfortables, sans toujours avoir les ressources pour financer les travaux. Une banque qui développe des produits de financement accessibles à ces ménages remplit simultanément des objectifs environnementaux (réduction des émissions du secteur résidentiel) et sociaux (réduction de la précarité énergétique).
La chaîne d’approvisionnement
Le pilier social s’étend de plus en plus à la chaîne d’approvisionnement des organisations. La loi française sur le devoir de vigilance (2017) oblige les grandes entreprises à identifier, prévenir et remédier aux atteintes aux droits humains et à l’environnement dans leurs filiales et chez leurs sous-traitants. La directive CSDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive) adoptée au niveau européen en 2024 généralise et renforce cette obligation à l’échelle du continent.
Pour les entreprises dont la chaîne d’approvisionnement est internationale et complexe, la mise en conformité avec ces exigences suppose de disposer d’une traçabilité fine des pratiques sociales de leurs fournisseurs.
Le pilier gouvernance
Ce qu’il recouvre
La gouvernance désigne la manière dont une organisation est dirigée, contrôlée et rendue responsable de ses actes. Les critères ESG de gouvernance évaluent la qualité des structures de décision, la transparence des processus, l’indépendance des organes de contrôle et l’alignement des intérêts des dirigeants avec ceux des parties prenantes.
Les principaux indicateurs de gouvernance portent sur la composition et l’indépendance du conseil d’administration, la politique de rémunération des dirigeants et son lien avec les performances ESG, la transparence du reporting financier et extra-financier, la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts, la politique fiscale et la gestion des risques, et la protection des droits des actionnaires minoritaires.
Pourquoi la gouvernance conditionne la crédibilité des autres piliers
La gouvernance occupe une position particulière dans le triptyque ESG. Sans des structures de gouvernance robustes, les engagements environnementaux et sociaux restent des déclarations d’intention sans mécanisme de redevabilité. Un objectif de réduction des émissions de GES qui n’est pas validé par le conseil d’administration, suivi par un comité dédié et intégré dans les critères de rémunération des dirigeants a peu de chances d’être effectivement atteint.
C’est pourquoi les agences de notation ESG et les régulateurs accordent une importance croissante aux indicateurs de gouvernance, non seulement pour ce qu’ils mesurent directement, mais aussi pour la confiance qu’ils permettent d’accorder aux données des deux autres piliers.
La lutte contre le greenwashing est intimement liée à la qualité de la gouvernance. Une entreprise qui publie des indicateurs environnementaux flatfleurs sans que ceux-ci aient été vérifiés de manière indépendante ou validés par un organe de contrôle crédible s’expose à des risques de réputation et, depuis la directive CSRD, à des risques juridiques significatifs.
Les cadres d'évaluation et de reporting ESG
Le GRI et les normes ESRS
Le Global Reporting Initiative (GRI) est l’un des cadres de reporting ESG les plus utilisés au monde. Fondé en 1997, il fournit des normes standardisées qui permettent aux organisations de mesurer et de communiquer leurs performances ESG de manière cohérente et comparable.
Les normes GRI sont structurées en trois niveaux. Les normes universelles couvrent les exigences de base applicables à toute organisation. Les normes sectorielles précisent les indicateurs les plus matériels pour chaque secteur d’activité. Les normes thématiques détaillent les exigences sur des sujets spécifiques (changement climatique, eau, biodiversité, emploi, etc.).
En Europe, les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) publiées par l’EFRAG constituent désormais le référentiel obligatoire pour les entreprises soumises à la directive CSRD. Ces normes s’inspirent largement du GRI tout en intégrant les spécificités de la Taxonomie Verte Européenne et du règlement SFDR. Elles couvrent douze thématiques réparties entre pilier environnemental (changement climatique, pollution, eau, biodiversité, utilisation des ressources), pilier social (salariés, travailleurs dans la chaîne de valeur, communautés affectées, consommateurs) et pilier gouvernance (conduite des affaires).
Le TCFD et la divulgation des risques climatiques
La Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) a publié en 2017 un cadre de référence international pour la divulgation des risques et opportunités liés au changement climatique. Ce cadre, adopté volontairement par des milliers d’organisations, est progressivement intégré dans les obligations réglementaires de nombreux pays.
Il structure la divulgation climatique autour de quatre axes principaux. La gouvernance décrit comment le conseil d’administration et la direction supervisent les risques climatiques. La stratégie explique comment l’organisation évalue les risques et opportunités climatiques à court, moyen et long terme. La gestion des risques détaille les processus pour identifier, évaluer et gérer les risques climatiques. Les métriques et cibles présentent les indicateurs utilisés pour mesurer la performance et les objectifs fixés.
Les recommandations du TCFD sont particulièrement pertinentes pour les établissements financiers, dont les portefeuilles sont exposés à la fois aux risques physiques (actifs dans des zones à risque) et aux risques de transition (actifs dans des secteurs qui seront fortement affectés par la décarbonation de l’économie).
Le SFDR pour les acteurs de la gestion d’actifs
Le Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) est un règlement européen qui impose aux gestionnaires d’actifs et aux conseillers financiers de publier des informations sur la manière dont ils intègrent les risques de durabilité dans leurs processus d’investissement et de conseil.
Il classe les produits financiers en trois catégories. Les produits dits « article 6 » n’ont pas d’objectif de durabilité spécifique. Les produits « article 8 » promeuvent des caractéristiques environnementales ou sociales. Les produits « article 9 » ont un objectif d’investissement durable comme objectif principal.
Cette classification est devenue un signal de marché important pour les investisseurs institutionnels qui cherchent à allouer des capitaux vers des produits authentiquement durables. Elle crée également une pression sur les gestionnaires pour que les produits classés « article 8 » ou « article 9 » soient réellement conformes à leur étiquette, sous peine de sanctions réglementaires pour pratiques trompeuses.
La notation ESG : méthodes et limites
Comment les agences notent les entreprises ?
Les agences de notation ESG (MSCI, Sustainalytics, S&P Global CSA, ISS ESG, Moody’s ESG, entre autres) évaluent les organisations selon leur propre méthodologie et attribuent des notes ou des scores qui synthétisent leur performance sur les trois piliers. Ces notations sont utilisées par les investisseurs institutionnels pour construire des portefeuilles durables, par les analystes pour évaluer les risques non financiers et par les entreprises elles-mêmes pour se benchmarker.
La méthodologie des agences repose sur plusieurs sources de données. Les informations publiées par les entreprises elles-mêmes (rapports RSE, DPEF, rapports annuels) constituent la base principale. Des données tierces issues de médias, d’ONG, d’incidents documentés ou de bases de données spécialisées viennent compléter et nuancer cette information déclarative. Des questionnaires envoyés directement aux entreprises permettent de collecter des informations non disponibles publiquement.
Les limites connues des notations ESG
Les notations ESG font l’objet de critiques légitimes qui doivent être connues pour les utiliser correctement.
La première limite est la faible corrélation entre les notes des différentes agences. Une étude académique a montré que la corrélation moyenne entre les notations ESG de différentes agences est d’environ 0,54, soit bien inférieure à la corrélation entre les notations de crédit, qui dépasse 0,90. Deux agences peuvent donner des notes très différentes à une même entreprise en raison de différences dans la sélection des indicateurs, leur pondération et les méthodes de collecte de données.
La deuxième limite est le biais en faveur des grandes entreprises. Les organisations qui publient le plus d’informations obtiennent généralement de meilleures notes, indépendamment de leur performance réelle. Les PME, qui ont moins de ressources pour produire des reportings détaillés, sont structurellement pénalisées, même si leurs pratiques effectives sont bonnes.
La troisième limite est le décalage temporel. Les notations sont généralement basées sur des informations publiées, qui reflètent des situations passées. Des incidents récents ou des évolutions stratégiques majeures peuvent ne pas être reflétés immédiatement dans les notes.
ESG et immobilier : une articulation particulièrement pertinente
Pourquoi l’immobilier est au cœur des critères ESG ?
L’immobilier occupe une place centrale dans les critères ESG pour plusieurs raisons convergentes. Du point de vue environnemental, les bâtiments représentent environ 40 % de la consommation d’énergie finale en France et une part significative des émissions de GES. La performance énergétique des actifs immobiliers est donc un indicateur environnemental direct pour tout acteur qui en possède ou en finance.
Du point de vue social, le logement est un besoin fondamental dont l’accessibilité et la qualité conditionnent le bien-être des ménages. La lutte contre la précarité énergétique, l’accessibilité des logements aux personnes à mobilité réduite et la qualité des conditions de logement dans les parcs sociaux sont des indicateurs sociaux suivis par les investisseurs et les régulateurs.
Du point de vue de la gouvernance, la gestion des risques immobiliers climatiques (inondations, sécheresses, effets de l’ICU) dans les portefeuilles d’actifs est une question de gouvernance des risques qui s’impose progressivement dans les obligations de reporting.
Le DPE comme indicateur ESG
Pour les établissements bancaires, la performance énergétique des logements financés est devenue un indicateur ESG de premier ordre. Plusieurs raisons expliquent cette montée en puissance.
D’abord, la réglementation impose depuis 2024 de calculer le Green Asset Ratio, qui mesure la part des actifs finançant des activités conformes à la Taxonomie. Pour les crédits immobiliers résidentiels, le classement DPE du logement financé est le critère principal d’alignement. Un portefeuille exposé à de nombreux logements F et G présente un GAR plus faible et des risques de dépréciation des garanties plus élevés.
Les investisseurs institutionnels qui évaluent les émissions financées de Scope 3 d’une banque intègrent les émissions liées aux logements financés. La performance énergétique moyenne du portefeuille hypothécaire devient un déterminant de l’empreinte carbone totale de l’établissement.
Les régulateurs utilisent la composition énergétique des portefeuilles comme indicateur dans les stress tests climatiques. Les banques dont les portefeuilles sont surexposés à des actifs énergivores dans des zones à risque climatique élevé sont soumises à des exigences de capital plus importantes.
La donnée bâtiment comme socle de la mesure ESG immobilière
Pour mesurer correctement les indicateurs ESG liés à l’immobilier, il faut disposer d’une donnée précise à l’échelle du bâtiment. Or, cette donnée est rarement disponible de manière exhaustive et fiable dans les systèmes d’information des établissements financiers.
La performance énergétique d’un logement (DPE, consommation réelle, caractéristiques de l’enveloppe), son exposition aux risques climatiques physiques (inondation, RGA, sécheresse, ICU) et son potentiel de production d’énergie renouvelable (solaire) sont des dimensions que les données publiques ne couvrent pas de manière exhaustive. L’enrichissement des données clients par des informations contextuelles géolocalisées sur leurs biens immobiliers est une condition de la mesure fiable des indicateurs ESG.
C’est dans cette logique que les données namR permettent aux établissements financiers de qualifier leur portefeuille immobilier sur ces trois dimensions, bâtiment par bâtiment, pour alimenter leurs reportings ESG, leurs calculs de GAR et leurs analyses de risque climatique.
ESG et réglementation : le calendrier de mise en conformité
La directive CSRD et les normes ESRS
La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) a étendu et durci les obligations de reporting extra-financier en Europe. Elle s’applique progressivement selon la taille des entreprises.
Les grandes entreprises cotées de plus de 500 salariés sont soumises au reporting CSRD depuis les exercices ouverts au 1er janvier 2024, avec publication en 2025. Les grandes entreprises non cotées (plus de 250 salariés, plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires ou plus de 25 millions d’euros de bilan) sont soumises à partir des exercices ouverts au 1er janvier 2025, avec publication en 2026. Les PME cotées suivront à partir de 2026.
Le paquet Omnibus de décembre 2025 a néanmoins restreint le champ d’application aux entreprises de plus de 1 000 salariés réalisant plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, allégeant ainsi les obligations pour les entreprises de taille intermédiaire.
Les informations publiées dans le cadre de la CSRD doivent être vérifiées par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant, ce qui constitue un saut qualitatif majeur par rapport aux DPEF précédentes, qui n’étaient soumises qu’à une vérification de la présence des informations, non de leur exactitude.
Le principe de double matérialité
L’une des innovations conceptuelles majeures introduites par la CSRD est le principe de double matérialité. Contrairement aux approches traditionnelles qui demandent aux entreprises de communiquer sur ce qui est matériel du point de vue financier (impact des risques ESG sur la valeur de l’entreprise), la CSRD exige également de communiquer sur ce qui est matériel du point de vue de l’impact (effets de l’entreprise sur l’environnement et la société), indépendamment de ses conséquences financières.
Cette double lecture élargit considérablement le périmètre du reporting. Une entreprise dont les activités ont un impact environnemental significatif mais qui n’en subit pas encore les conséquences financières directes doit néanmoins en rendre compte. C’est un changement de paradigme important par rapport à une logique de reporting uniquement orientée vers l’information des investisseurs.
Comment intégrer les ESG dans une stratégie opérationnelle ?
L’analyse de matérialité comme point de départ
La première étape d’une démarche ESG opérationnelle est l’analyse de matérialité. Elle consiste à identifier, parmi l’ensemble des enjeux ESG potentiels, ceux qui sont les plus significatifs compte tenu de l’activité, de la taille, de la localisation géographique et du secteur de l’organisation.
Cette analyse est conduite en deux temps. Dans un premier temps, il s’agit d’identifier les enjeux qui ont un impact potentiel sur l’organisation (risques ESG pour la performance financière). Dans un second temps, il s’agit d’identifier les enjeux sur lesquels l’organisation a un impact significatif (effets sur l’environnement et la société). La double matérialité exigée par la CSRD suppose de conduire ces deux analyses de manière distincte et de les documenter de façon transparente.
La définition des indicateurs et des objectifs
Une fois les enjeux matériels identifiés, l’organisation doit définir des indicateurs de mesure et des objectifs chiffrés pour chacun d’eux. La qualité de cette étape est déterminante pour la crédibilité de la démarche. Des objectifs vagues ou non mesurables sont immédiatement identifiés comme tels par les agences de notation et les investisseurs.
Pour les indicateurs environnementaux liés à l’immobilier, cela signifie par exemple fixer un objectif de réduction de la part des passoires thermiques (F et G) dans le portefeuille de crédits immobiliers d’ici 2028, mesurer annuellement la progression vers cet objectif, et publier les données qui permettent de vérifier cet engagement.
L’intégration des ESG dans les processus décisionnels
Les critères ESG n’ont de valeur opérationnelle que s’ils sont intégrés dans les processus de décision quotidiens, et pas seulement dans les exercices annuels de reporting. Pour un établissement bancaire, cela peut signifier intégrer le classement DPE d’un logement dans le modèle de scoring d’un crédit hypothécaire, inclure une évaluation des risques climatiques physiques dans les analyses de garantie, ou conditionner certaines conditions de taux à la performance environnementale du projet financé.
Cette intégration opérationnelle est ce qui distingue une démarche ESG de façade d’une transformation stratégique réelle. Elle suppose des investissements dans les données, les systèmes d’information et la formation des équipes, mais elle crée aussi un avantage compétitif durable pour les organisations qui la conduisent sérieusement.
La double matérialité introduite par la CSRD change fondamentalement la logique du reporting ESG. Une organisation doit désormais rendre compte non seulement de l'impact des risques ESG sur sa valeur, mais aussi de son impact sur l'environnement et la société. Ce changement de paradigme élargit considérablement le périmètre de ce qui doit être mesuré et communiqué.
Les ESG comme levier de création de valeur
Il serait réducteur de présenter les critères ESG uniquement comme une contrainte réglementaire à absorber. Utilisés avec sérieux, ils constituent un cadre d’analyse qui aide les organisations à identifier des risques émergents avant qu’ils ne se matérialisent, à saisir des opportunités de marchés en croissance (financement de la rénovation énergétique, développement des énergies renouvelables, mobilité durable), à renforcer leur relation de confiance avec leurs parties prenantes et à améliorer leur résilience face aux transformations profondes de l’économie.
Pour les établissements financiers en particulier, la capacité à mesurer précisément les critères ESG de leur portefeuille d’actifs est devenue un avantage concurrentiel réel. Les investisseurs institutionnels, les régulateurs et les clients les plus avertis font la distinction entre ceux qui gèrent leurs expositions ESG avec précision et ceux qui produisent des rapports de conformité sans ancrage opérationnel.
La donnée est au cœur de cette capacité. Savoir précisément quelle est la performance énergétique des actifs financés, quels sont les risques climatiques auxquels ils sont exposés, et quel est leur potentiel de transition vers des usages plus durables est la condition de mesures ESG fiables et d’une stratégie crédible.
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